Entreprise et droit

Sécurité juridique et contentieux : ce qu’ils changent pour le financement de l’entreprise

Les grands procès médiatisés alimentent régulièrement le débat sur la sécurité juridique en France. Pour une entreprise, la question est plus concrète : un litige en cours, un contrat mal rédigé ou une incertitude sur la règle applicable peuvent peser sur ses comptes et sur son accès au financement. Voici comment les prêteurs et les investisseurs regardent le risque juridique, et comment le réduire.

Un risque qui se lit dans les comptesUn litige probable donne lieu à une provision qui réduit le résultat et les fonds propres.
Un point examiné par les prêteursBanques et investisseurs vérifient les litiges en cours et la qualité des contrats.
Un risque qui se prévientClauses adaptées, modes amiables de règlement et suivi juridique réduisent l’exposition.

Une PME négocie un prêt pour financer une nouvelle ligne de production. Pendant l’analyse du dossier, la banque découvre qu’un ancien client réclame 300 000 euros de dommages et intérêts devant le tribunal. Le dirigeant estime la demande infondée, mais l’issue est incertaine et la procédure peut durer. La banque suspend sa décision en attendant d’en savoir plus.

Ce type de situation est fréquent. Un contentieux ne remet pas forcément en cause la solidité d’une entreprise, mais il crée une incertitude que les prêteurs et les investisseurs doivent mesurer. Mieux vaut l’anticiper que la subir au moment d’une demande de financement.

Un risque juridique ignoré

Des contrats standards jamais relus, des litiges découverts par le prêteur, une provision non anticipée qui dégrade les ratios au mauvais moment.

Un risque juridique suivi

Des contrats revus, un état des litiges tenu à jour, des provisions justifiées et une information transparente des partenaires financiers.

Comment un litige se traduit dans les comptes

Lorsqu’une sortie de ressources est probable du fait d’un litige, les règles comptables imposent de constituer une provision. Elle réduit le résultat de l’exercice, donc les fonds propres, même si aucune somme n’a encore été versée.

HypothèseAvant la provisionAprès la provision
Fonds propres800 000 euros500 000 euros, soit 800 000 moins 300 000
Dettes financières800 000 euros800 000 euros
Dettes financières divisées par fonds propres1,01,6, soit 800 000 divisé par 500 000

Dans cet exemple, la provision de 300 000 euros fait passer le rapport entre dettes financières et fonds propres de 1,0 à 1,6, sans aucune nouvelle dette, et avant prise en compte de l’effet de l’impôt. Si le contrat de prêt fixe un plafond à 1,5, l’entreprise se retrouve en dehors de ses engagements. Ces chiffres sont des hypothèses, et le montant d’une provision dépend de l’appréciation du risque, souvent avec l’avis d’un avocat.

Ce que regardent les prêteurs et les investisseurs

  • Les litiges en cours. Leur nature, les montants en jeu, l’état de la procédure et l’avis des conseils de l’entreprise sur leur issue probable.
  • Les contrats importants. Clients et fournisseurs principaux, clauses de résiliation, de changement de contrôle, de responsabilité et de pénalités.
  • La conformité. Respect des obligations sociales, fiscales, environnementales et sectorielles, et contrôles éventuels en cours.
  • La propriété des actifs. Titres de propriété, marques, brevets, logiciels : appartiennent-ils bien à l’entreprise ?

Ces vérifications sont au cœur de la due diligence d’une levée de fonds. Notre article préparer une levée de fonds : le dossier et la due diligence les détaille.

Un litige annoncé et documenté se discute avec un prêteur. Le même litige découvert pendant l’analyse du dossier fait naître une méfiance qui pèse sur la décision, les conditions ou les garanties demandées.

Réduire le risque juridique

1
Soigner les contrats importants

Définir clairement les obligations, les limites de responsabilité, la loi applicable et la juridiction compétente. Une relecture par un avocat coûte moins cher qu’un contentieux.

2
Prévoir des modes amiables de règlement

Médiation, conciliation ou arbitrage peuvent être prévus au contrat. Ils sont souvent plus rapides et plus confidentiels qu’une procédure judiciaire.

3
Tenir un état des litiges à jour

Montants, étapes, probabilité estimée, provisions : un tableau partagé avec l’expert comptable et, le moment venu, avec les partenaires financiers.

4
Anticiper l’impact sur la trésorerie

Frais de procédure, éventuelle condamnation, délai avant l’issue : ces montants doivent figurer dans le plan de trésorerie. Notre article financement d’entreprise : diriger en période de crise aborde ce point.

Depuis le 1er janvier 2025, des tribunaux des activités économiques sont expérimentés dans plusieurs villes à la place des tribunaux de commerce, avec une compétence élargie. Il est utile de vérifier quelle juridiction est compétente pour chaque contrat. Si un financement bancaire classique est refusé en raison d’un litige, d’autres solutions peuvent exister : voir notre article crédit refusé : 4 solutions de financement.

Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.

Le risque juridique ne se supprime pas, il se gère. Une entreprise qui connaît ses litiges, soigne ses contrats et informe ses partenaires garde la main sur son financement.

Questions fréquentes

Un litige en cours empêche-t-il d’obtenir un prêt ?
Pas nécessairement. La banque évalue le montant en jeu, l’issue probable et la capacité de l’entreprise à y faire face. Un dossier transparent et documenté facilite l’analyse.
Quand faut-il constituer une provision pour litige ?
Lorsqu’une sortie de ressources est probable et que son montant peut être estimé de façon fiable. L’expert comptable et l’avocat de l’entreprise aident à apprécier ces deux conditions.
Combien de temps dure un procès commercial ?
Cela varie fortement selon la complexité de l’affaire, la juridiction et les recours. Une procédure peut durer de plusieurs mois à plusieurs années, ce qui justifie de l’intégrer au plan de trésorerie.
Qu’est-ce qu’une clause de règlement amiable ?
C’est une clause qui impose aux parties de tenter une médiation ou une conciliation avant de saisir un juge. Elle permet souvent de résoudre un différend plus vite et à moindre coût.

À retenir : un contentieux pèse sur les comptes par les provisions et sur le financement par l’incertitude qu’il crée. Des contrats soignés, un suivi des litiges et une information transparente des prêteurs permettent de limiter son impact.

Votre entreprise a un litige en cours et prépare une demande de financement ? Un échange permet de présenter le dossier de façon claire aux prêteurs.

Faire étudier mon dossier

Cet article a une vocation d’information générale. Les montants et ratios cités sont des hypothèses d’illustration. Il ne constitue ni un conseil juridique ou comptable personnalisé, ni une offre de financement. Tout financement reste soumis à l’accord de l’établissement prêteur après étude du dossier. DB France Invest, intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement, ORIAS n° 20008511.

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