Retraite : pourquoi il faudra compléter ses revenus

Comparer le coût d’un salarié entre la France, l’Italie, la Chine et les Émirats arabes unis ne dit pas seulement ce que paie l’entreprise. Cela dit aussi ce que le salarié récupérera à la fin de sa carrière, et dans quelles conditions. Le détail des fiches de paie figure dans notre comparatif chiffré, quel serait le coût d’un salarié ? La présente analyse en tire la conséquence qui compte pour un actif français : la pension des régimes obligatoires a peu de chances de suffire, et les revenus complémentaires se construisent pendant la carrière, pas après.

D’où viennent les écarts de coût entre pays

Pour un même salaire net de 1 700 euros en poche, la charge supportée par l’entreprise varie du simple au double. Les écarts s’expliquent par les réglementations sociales et le temps de travail légal propres à chaque marché.

F

France, 35 h par semaine

Pour une rémunération équivalente à environ 1,2 SMIC, le dispositif d’allègement général des cotisations patronales joue un rôle d’amortisseur déterminant. Le poids des charges, ramené à un taux effectif d’environ 22 %, rend l’embauche en France nettement moins coûteuse qu’en Italie à ce niveau de salaire.

I

Italie, 40 h par semaine

Le pays génère la facture la plus lourde de ce panel, en raison de charges patronales élevées sans dégressivité comparable, environ 30 % pour l’INPS, et de l’obligation légale de provisionner le TFR, l’indemnité de fin de contrat.

C

Chine, 40 h par semaine

Dans une métropole de premier rang comme Shanghai, le coût employeur rejoint les standards de l’Europe de l’Ouest. Ce montant est propulsé par cinq assurances sociales obligatoires et par la contribution au fonds patronal de logement, le Housing Fund.

E

Émirats arabes unis, 48 h par semaine

L’absence totale de cotisations sociales et d’impôts sur le revenu pour les expatriés permet d’obtenir un salaire brut égal au salaire net. Les charges se limitent aux frais annexes, visa amorti et assurance santé obligatoire, et à la provision pour l’indemnité de fin de service, l’EOSB.

Le temps de travail annuel, la variable que l’on oublie

La comparaison mensuelle masque l’essentiel : le nombre d’heures réellement travaillées dans l’année. Avec 35 heures par semaine, cinq semaines de congés payés et des RTT, un salarié français travaille environ 1 607 heures par an. C’est le volume le plus faible du panel.

Pays Durée légale Heures effectives par an Écart avec la France Coût horaire employeur
France 35 h par semaine ~1 607 h référence ~20,16 € par heure
Italie 40 h par semaine ~1 720 h + 7 % ~22,25 € par heure
Chine 40 h par semaine ~1 920 h + 19 % ~18,44 € par heure
Émirats 48 h par semaine ~2 150 h + 34 % ~11,05 € par heure

Un salarié italien travaille environ 113 heures de plus par an qu’un salarié français, un salarié chinois environ 313 heures de plus, un salarié des Émirats environ 543 heures de plus. Sur une carrière de quarante ans, l’écart avec les Émirats représente l’équivalent de plus de treize années de travail à la française.

Un déficit structurel pour financer les pensions

Le système français de retraite fonctionne par répartition : les pensions versées aujourd’hui sont payées par les cotisations prélevées aujourd’hui sur le travail. L’assiette de ce financement, c’est la masse salariale, c’est-à-dire le nombre d’actifs multiplié par les heures qu’ils travaillent et par ce que chaque heure produit.

Sur le deuxième terme, la France se place en bas du panel. Moins d’heures cotisées par actif, à pension promise inchangée, signifie une assiette plus étroite pour financer la même dépense. Et cette étroitesse arrive au moment où le nombre de pensions à servir augmente, sous l’effet de l’allongement de la durée de vie et de l’arrivée à la retraite de générations nombreuses.

Ce que cela ne dit pas

Le volume horaire n’explique pas tout. La productivité horaire française est l’une des plus élevées au monde et compense une partie du moindre nombre d’heures. L’équilibre d’un régime par répartition dépend aussi du rapport entre actifs et retraités, du taux d’emploi des seniors et de la durée effective des carrières. Le volume horaire pèse simplement dans le même sens que la démographie : il resserre l’assiette au moment où la dépense augmente.

La conséquence pratique est la même pour le salarié et pour le dirigeant. Les leviers d’ajustement d’un régime sous tension sont connus et peu nombreux : relever les cotisations, reculer l’âge de départ, ou laisser le niveau relatif des pensions se dégrader. Aucun de ces trois leviers n’améliore le revenu disponible à la retraite. Compléter ses revenus n’est donc pas une option de confort, c’est la contrepartie d’un système dont l’assiette se resserre.

Ce que chaque pays prévoit pour la retraite du salarié

Le modèle de financement de la retraite varie radicalement selon le pays, avec un transfert progressif de la solidarité d’État vers la capitalisation individuelle ou vers le capital d’entreprise.

F

France, des droits complets, mais une assiette sous tension

Le salarié se constitue des droits complets, retraite de base et retraite complémentaire. Même avec le dispositif d’allègement des charges patronales, les trimestres et les points de retraite sont intégralement validés et garantis par l’État et par les régimes paritaires. La question n’est donc pas la validation des droits, elle est le niveau de pension que l’assiette décrite plus haut permettra de servir.

I

Italie, répartition et capital de fin de contrat

La couverture est extrêmement protectrice. Les lourdes cotisations à l’INPS, environ 30 %, financent la retraite par répartition, auxquelles s’ajoute le TFR, le trattamento di fine rapporto. Cette provision obligatoire, environ 7,4 % du brut annuel, agit comme un salaire différé, versé sous forme de capital à la fin du contrat ou lors du départ en retraite.

C

Chine, une assurance vieillesse locale

Les cotisations obligatoires aux cinq assurances sociales incluent l’assurance vieillesse. Le salarié se constitue des droits à la retraite locaux, financés conjointement par l’employeur et par le salarié, sur un volume d’heures annuel nettement supérieur au volume français.

E

Émirats, aucune pension d’État

L’absence totale de cotisations sociales signifie l’absence de retraite par répartition. Le salarié ne se constitue aucun droit à une pension d’État. En contrepartie, l’employeur provisionne l’EOSB, l’end of service benefit, une prime de fin de service versée en capital au départ du salarié. Pour sa retraite à long terme, le salarié doit impérativement s’organiser lui-même par la capitalisation privée, investissements et épargne personnelle.

La comparaison est instructive pour un actif français. Aux Émirats, l’obligation de se constituer soi-même ses revenus de retraite est affichée dès le premier jour de contrat. En France, elle est moins visible, parce que les droits sont validés et garantis, mais la question du niveau de ces droits se pose de la même manière à l’horizon d’une carrière complète.

Compléter ses revenus : par quoi commencer

Construire un revenu complémentaire demande du temps : c’est la durée, plus que le montant des versements, qui fait le résultat. Voici les leviers les plus utilisés, chacun avec sa logique propre.

Le plan d’épargne retraite

Une épargne dédiée, bloquée jusqu’à la retraite sauf cas de déblocage, avec une déduction fiscale des versements à l’entrée. Comprendre le PER.

L’assurance-vie

Une épargne qui reste disponible, utilisable en rachats réguliers pour compléter une pension, avec un cadre fiscal favorable après huit ans. Comprendre l’assurance-vie.

L’immobilier et les SCPI

Des revenus réguliers adossés à des actifs locatifs, éventuellement financés à crédit pendant la carrière. SCPI : rendement, risques et fiscalité.

L’épargne régulière

Le socle de tout le reste : un versement mensuel tenu dans la durée. Chiffrez le capital obtenu avec notre simulateur d’épargne et comparez les supports sur notre page épargne et placement.

Aucun de ces leviers ne convient à toutes les situations. L’arbitrage dépend de l’horizon de départ, de la tranche d’imposition, du besoin de disponibilité de l’épargne et de la tolérance au risque. Il se décide après examen de la situation personnelle, pas sur une règle générale.

Échanger sur votre situation

Côté employeur, l’embauche se finance avant de rapporter

La même mécanique vaut pour l’entreprise. Salaires, charges et provisions sont payés chaque mois, bien avant l’encaissement du chiffre d’affaires que l’embauche doit produire. Pour anticiper ce décalage, voir notre page sur le besoin en fonds de roulement et le dialogue avec le banquier, et nos solutions de financement d’entreprise.

Sources et références

Cette page s’appuie sur une source publique officielle, citée ci-dessous.

Rédigé par DB France Invest, intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement, ORIAS n° 20008511, sous le contrôle de l’ACPR.