Création de valeur

Création de valeur : bien utiliser fonds propres, réserves et dette

Beaucoup d’entreprises bénéficiaires accumulent des réserves année après année, tandis que leurs projets attendent. D’autres financent tout à crédit sans mesurer ce que la dette ajoute comme risque. Entre les deux, il existe une façon de raisonner : connaître le coût et le rôle de chaque ressource, puis choisir celle qui convient à chaque projet.

Des ressources différentesCapital, réserves, compte courant d’associé, emprunt : chacune a un coût, un risque et un rôle.
Des fonds propres qui coûtentLes fonds propres ne sont pas gratuits : les associés en attendent une rémunération à la hauteur du risque.
Une dette qui amplifieL’emprunt accroît la rentabilité quand le projet réussit, et la perte quand il échoue.
Création de valeur : fonds propres, réserves et dette d'entreprise

Création de valeur : fonds propres, réserves et dette d'entreprise

Le dirigeant d’une PME rentable regarde son bilan. Les réserves ont grossi, la trésorerie est confortable, et pourtant il hésite à engager un investissement. Faut-il le payer avec la trésorerie, emprunter, ou demander aux associés d’apporter des fonds ? Chaque option a ses défenseurs, et chacune a un prix.

La création de valeur ne dépend pas seulement de la qualité du projet. Elle dépend aussi de la façon dont il est financé : une bonne opération financée par une ressource inadaptée peut fragiliser l’entreprise, et une ressource bien choisie peut rendre possible un projet que la trésorerie seule ne permettait pas.

Les fonds propres

Capital, réserves, résultat mis en réserve. Aucune échéance à rembourser, mais les associés attendent une rémunération qui, compte tenu du risque, dépasse en général le coût d’un crédit.

La dette

Emprunt bancaire, obligations, compte courant d’associé. Un coût connu, des intérêts en principe déductibles, mais des échéances à honorer quelle que soit la conjoncture.

Les ressources de l’entreprise, une par une

1
Le capital social

L’apport initial et les augmentations de capital des associés. Il crédibilise l’entreprise auprès des partenaires, mais une fois versé, il est investi dans l’activité et n’est pas disponible comme une épargne.

2
Les réserves et le report à nouveau

Les bénéfices conservés dans l’entreprise. La réserve légale est obligatoire dans les sociétés à responsabilité limitée et les sociétés anonymes, à hauteur de 5 % du bénéfice chaque année, jusqu’à ce qu’elle atteigne 10 % du capital. Au delà, conserver ou distribuer est un choix.

3
Le compte courant d’associé

Des sommes prêtées par un associé à la société. Leur rémunération est déductible dans la limite d’un taux plafond fixé par la loi. Une convention de blocage peut les rendre assimilables à des fonds propres aux yeux du banquier.

4
L’emprunt bancaire et les autres dettes

Pour financer des investissements durables, sur une durée adaptée à la vie de l’actif. Les entreprises plus grandes peuvent aussi émettre des obligations. Voir notre article sur la levée de dette.

Ce que la dette change, dans un sens et dans l’autre

Pour comprendre l’effet d’un financement, il suffit de comparer deux entreprises qui engagent le même montant de fonds propres sur un projet, l’une sans dette, l’autre en empruntant autant qu’elle apporte.

HypothèseSans detteAvec dette
Fonds propres engagés100 000 euros100 000 euros
Emprunt à 5 %0 euro100 000 euros
Montant investi100 000 euros200 000 euros
Si le projet rapporte 10 %plus 10 000 euros, soit 10 %plus 20 000 moins 5 000 d’intérêts = plus 15 000 euros, soit 15 %
Si le projet perd 10 %moins 10 000 euros, soit moins 10 %moins 20 000 moins 5 000 d’intérêts = moins 25 000 euros, soit moins 25 %

La dette porte le gain de 10 % à 15 % des fonds propres quand le projet réussit, mais elle porte la perte de 10 % à 25 % quand il échoue, et les 100 000 euros empruntés restent dus. Ces chiffres sont des hypothèses pédagogiques, présentées avant impôt. Le mécanisme complet est détaillé dans notre article effet de levier et structure de la dette.

Une entreprise qui s’endette doit conserver une réserve de trésorerie suffisante pour payer ses échéances pendant une période difficile. Sans cette réserve, le levier transforme une mauvaise année en crise de trésorerie.

Réinvestir, distribuer ou emprunter

  • Réinvestir le résultat finance la croissance sans échéance, mais seulement dans la limite de ce que l’entreprise a gagné.
  • Distribuer rémunère les associés et réduit les fonds propres. Un dividende versé ne peut plus financer un projet.
  • Emprunter permet d’investir davantage ou plus tôt, en acceptant un coût fixe et un risque supplémentaire.
  • Placer la trésorerie excédentaire en attendant un projet est une option, à condition de garder la liquidité nécessaire à l’exploitation. Voir notre article épargne d’entreprise : optimiser la trésorerie d’une PME.

Pour décider, il faut comparer la rentabilité attendue du projet au coût des ressources qui le financent. Notre article sur les indicateurs de création de valeur présente les outils de cette comparaison, et notre article valeur ajoutée et création de valeur distingue les deux notions.

Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.

Aucune ressource n’est gratuite. Les fonds propres coûtent ce que les associés attendent, la dette coûte ses intérêts et le risque qu’elle ajoute. Créer de la valeur, c’est financer chaque projet par la ressource dont le coût et le risque lui correspondent.

Questions fréquentes

Les fonds propres coûtent-ils plus cher que la dette ?
En général oui, parce que les associés supportent davantage de risque que les prêteurs et attendent donc une rémunération plus élevée. Les intérêts de la dette sont par ailleurs en principe déductibles du résultat imposable.
Qu’est-ce qu’un compte courant d’associé ?
C’est une somme prêtée par un associé à sa société. Elle peut être rémunérée, dans la limite d’un taux plafond pour la déductibilité, et bloquée par convention pour renforcer la structure financière aux yeux des banques.
Faut-il garder des réserves importantes ?
Des réserves protègent l’entreprise et facilitent l’accès au crédit. Au delà du nécessaire, elles peuvent financer des projets ou être distribuées. Le bon niveau dépend du cycle de l’activité et de ses projets.
Quand l’emprunt détruit-il de la valeur ?
Quand le projet financé rapporte moins que le coût de la dette. La perte se reporte alors sur les fonds propres, et les échéances restent dues.

À retenir : capital, réserves, compte courant d’associé et emprunt n’ont ni le même coût ni le même risque. La valeur se crée quand chaque projet est financé par une ressource adaptée, et quand l’entreprise garde la trésorerie qui lui permet de traverser une mauvaise année.

Vous hésitez entre autofinancer, emprunter ou faire appel aux associés pour un projet d’entreprise ? Un échange permet de comparer les options sur vos chiffres.

Faire étudier mon financement

Cet article a une vocation pédagogique. Les montants et taux cités sont des hypothèses d’illustration. Il ne constitue ni une offre de financement, ni un conseil comptable, fiscal ou juridique personnalisé. Tout financement reste soumis à l’accord de l’établissement prêteur après étude du dossier. DB France Invest, intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement, ORIAS n° 20008511.

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