Financement d’entreprise

Effet de levier et structure de la dette : doser l’endettement de l’entreprise

Une entreprise qui emprunte peut améliorer la rentabilité de ses fonds propres, à une condition : que ses investissements rapportent plus que la dette ne coûte. Quand cette condition cesse d’être remplie, le même mécanisme joue à l’envers. Voici comment fonctionne l’effet de levier, ce qui le fait basculer, et comment composer une dette adaptée à l’activité.

Un mécanisme mesurableL’effet de levier se calcule à partir de la rentabilité économique, du coût de la dette et du niveau d’endettement.
Un effet réversibleQuand la rentabilité passe sous le coût de la dette, le levier réduit la rentabilité au lieu de l’augmenter.
Une dette à composerChaque besoin a sa durée et son instrument : investissement, cycle d’exploitation, besoin ponctuel.
Effet de levier et structure de la dette d'entreprise

Effet de levier et structure de la dette d'entreprise

Deux dirigeants d’entreprises comparables financent le même investissement. Le premier puise dans sa trésorerie, le second emprunte la moitié. Tant que l’activité est bonne, le second affiche une meilleure rentabilité de ses fonds propres. L’année où les ventes ralentissent, c’est lui qui voit sa rentabilité chuter le plus vite, et qui doit continuer à payer ses échéances.

Ce n’est pas un défaut de la dette, c’est sa nature. La dette amplifie la performance de l’entreprise, dans un sens comme dans l’autre. La bien utiliser suppose de mesurer cet effet, et de choisir un niveau et une forme d’endettement que l’activité peut porter dans une mauvaise année.

Financer sur fonds propres

Pas d’échéances à honorer ni de covenants à respecter. En contrepartie, la trésorerie est mobilisée et la capacité d’investir reste limitée par ce que l’entreprise a déjà accumulé.

Financer par la dette

Les fonds propres sont préservés et l’investissement peut être plus important. En contrepartie, les échéances sont fixes, et la rentabilité des associés devient plus sensible aux variations de l’activité.

Le mécanisme de l’effet de levier

Rentabilité des fonds propres = rentabilité économique + (rentabilité économique moins coût de la dette) x (dette divisée par fonds propres). Les taux s’entendent après impôt.

La rentabilité économique mesure ce que rapportent l’ensemble des capitaux investis, indépendamment de leur mode de financement. Le coût de la dette est le taux payé aux prêteurs, après prise en compte de la déductibilité fiscale des intérêts. Le rapport entre dette et fonds propres mesure l’intensité du levier.

Hypothèse : 1 000 000 euros investisSans detteAvec 50 % de dette
Fonds propres1 000 000 euros500 000 euros
Dette, coût de 4 % après impôt0 euro500 000 euros
Rentabilité économique de 8 %8 %8 % + (8 % moins 4 %) x 1 = 12 %
Si la rentabilité économique tombe à 3 %3 %3 % + (3 % moins 4 %) x 1 = 2 %

Avec une rentabilité économique de 8 %, la dette porte la rentabilité des fonds propres de 8 % à 12 %. Si elle tombe à 3 %, soit sous le coût de la dette, la même structure ramène cette rentabilité à 2 %, moins que sans dette. Ces chiffres sont des hypothèses pédagogiques. La logique est aussi présentée dans notre article effet de levier financier : mécanisme et limites.

Composer une dette adaptée à l’activité

1
Financer l’investissement à moyen ou long terme

Matériel, locaux, acquisitions : un prêt dont la durée correspond à la durée de vie de l’actif financé, pour que l’actif rembourse sa propre dette.

2
Financer le cycle d’exploitation à court terme

Stocks et délais clients : affacturage, crédit de campagne, financement des stocks. Ces outils suivent le rythme de l’activité au lieu d’immobiliser un crédit long. Voir notre article affacturage : comment ça marche, et ce que ça coûte vraiment.

3
Mobiliser des actifs pour un besoin ponctuel

Un portefeuille de titres ou un bien immobilier peut garantir un financement, par un crédit lombard ou hypothécaire, avec les risques propres à chaque garantie, dont l’appel de marge pour les actifs financiers.

Le coût moyen de l’ensemble des ressources, dette et fonds propres, se rapproche alors du coût minimal compatible avec le risque de l’entreprise. Notre article financement d’entreprise : créer de la valeur détaille cet équilibre, et notre article sur les indicateurs de création de valeur montre comment le mesurer.

Les limites à surveiller

  • La capacité de remboursement. Les banques comparent la dette nette à l’excédent brut d’exploitation et fixent souvent un plafond dans les covenants. Au delà, le financement se durcit ou se ferme.
  • La volatilité de l’activité. Une entreprise dont le chiffre d’affaires varie fortement supporte moins de levier qu’une entreprise aux revenus réguliers.
  • Le coût marginal de la dette. Plus l’entreprise est endettée, plus la dette supplémentaire coûte cher, car le risque perçu par les prêteurs augmente.
  • Les échéances. Des remboursements concentrés sur une même période créent un risque de refinancement. Notre article préparer son refinancement avant l’échéance traite ce point.

Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.

La dette améliore la rentabilité des associés tant que l’entreprise rapporte plus qu’elle ne coûte. Le bon niveau d’endettement est celui qui reste supportable l’année où ce n’est plus le cas.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’effet de levier financier ?
C’est l’effet de la dette sur la rentabilité des fonds propres. Quand la rentabilité économique dépasse le coût de la dette, l’endettement augmente la rentabilité des associés. Quand elle lui devient inférieure, il la diminue.
Comment savoir si une entreprise est trop endettée ?
En comparant sa dette nette à sa capacité à générer de la trésorerie, en particulier à son excédent brut d’exploitation, et en vérifiant que les échéances restent payables dans un scénario de baisse d’activité.
Pourquoi les intérêts rendent-ils la dette moins chère que les fonds propres ?
Parce que les intérêts sont en principe déductibles du résultat imposable de la société, dans les limites prévues par la loi, alors que la rémunération des associés ne l’est pas.
Faut-il financer le besoin en fonds de roulement par un prêt long ?
En général non. Un besoin qui suit le cycle d’exploitation se finance mieux par des outils court terme comme l’affacturage ou le crédit de campagne, qui s’ajustent au niveau d’activité.

À retenir : l’effet de levier se calcule et se surveille. Il améliore la rentabilité des fonds propres tant que la rentabilité économique dépasse le coût de la dette, et la dégrade dans le cas contraire. Une dette bien composée respecte la durée de chaque besoin et reste supportable dans une mauvaise année.

Vous voulez vérifier si la structure de dette de votre entreprise est adaptée à son activité, ou préparer un nouvel investissement ? Un échange permet de poser les chiffres.

Faire étudier ma structure financière

Cet article a une vocation pédagogique. Les montants et taux cités sont des hypothèses d’illustration. Il ne constitue ni une offre de financement, ni un conseil personnalisé. Tout financement reste soumis à l’accord de l’établissement prêteur après étude du dossier. DB France Invest, intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement, ORIAS n° 20008511.

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