Financement et patrimoine
Arbitrage de taux : payer comptant ou financer, comment comparer honnêtement
Avant un achat important, un propriétaire d’actifs a le choix : vendre une partie de ce qu’il possède pour payer, ou emprunter et tout conserver. La règle souvent répétée, emprunter dès que l’actif rapporte plus que le crédit ne coûte, est trop simple. Le rendement de l’actif est incertain, l’impôt n’est pas le même dans les deux cas, et le crédit ajoute un risque. Voici comment faire la comparaison sur des bases solides.
Information générale, à jour en septembre 2026. Elle ne constitue ni une offre de crédit, ni un conseil en investissement ou fiscal personnalisé.

Arbitrage de taux : payer comptant ou financer, comment comparer
Un investisseur détient un portefeuille d’actions constitué depuis longtemps. Il souhaite acheter un bien et hésite. S’il vend une partie de ses titres, il paiera l’impôt sur les plus-values et ces titres cesseront de travailler pour lui. S’il emprunte en donnant son portefeuille en garantie, il gardera ses titres, mais paiera des intérêts et restera exposé aux marchés.
On présente souvent la réponse comme évidente : si l’actif rapporte plus que le crédit ne coûte, il faut emprunter. La réalité est plus nuancée, parce que les deux termes de la comparaison ne sont pas de même nature. L’un est certain, l’autre ne l’est pas.
Aucune dette et aucun risque d’appel de marge. En contrepartie, l’actif vendu disparaît, l’impôt sur la plus-value est payé immédiatement, et le patrimoine se concentre sur le bien acheté.
L’actif est conservé et l’impôt de la vente est évité, du moins tant qu’il n’est pas vendu. En contrepartie, des intérêts sont dus chaque année, et l’actif donné en garantie peut faire l’objet d’un appel de marge.
Ce qu’il faut réellement comparer
Les intérêts, les frais de dossier et de garantie, sur toute la durée du prêt. Pour un particulier, ces intérêts ne se déduisent pas, en règle générale, des revenus d’un portefeuille financier.
Ne pas vendre évite de payer l’impôt sur la plus-value aujourd’hui. Mais si l’actif est vendu plus tard, l’impôt sera dû à ce moment, calculé sur la plus-value d’alors.
C’est lui qui doit justifier le crédit. Il peut être supérieur au coût du crédit, inférieur, ou négatif si l’actif baisse.
Un exemple chiffré, avec ses scénarios
Un investisseur détient un portefeuille d’actions de 1 000 000 euros, acheté 600 000 euros. Il a besoin de 300 000 euros. S’il vend 300 000 euros de titres, la part de plus-value comprise dans cette vente est de 40 %, soit 120 000 euros (300 000 x 40 %). Au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026, l’impôt atteint 37 680 euros (120 000 x 31,4 %).
S’il emprunte 300 000 euros à 4,5 % en donnant son portefeuille en garantie, il paie 13 500 euros d’intérêts par an (300 000 x 4,5 %), et conserve ses 300 000 euros de titres investis. Tout dépend alors de ce que ces titres rapportent.
Dans le premier scénario, emprunter paraît gagnant. Dans le deuxième, garder les titres coûte plus que le crédit ne rapporte. Dans le troisième, la perte s’ajoute aux intérêts et la baisse du portefeuille peut déclencher un appel de marge. Ces chiffres sont des hypothèses pédagogiques : le gain sur les titres n’est lui-même imposé qu’au moment de leur vente, et l’impôt évité aujourd’hui n’est en général que reporté.
Le coût du crédit se paie chaque année, quoi qu’il arrive. Le rendement de l’actif se constate après coup. Comparer un chiffre certain à une espérance, c’est accepter un risque : il faut savoir lequel, et pouvoir le supporter.
Les situations où la question se pose
- Un portefeuille de titres ou une assurance-vie. Le crédit lombard permet d’emprunter sans vendre, avec un risque d’appel de marge si les supports baissent. Voir notre article nantir ses actifs plutôt que les vendre.
- Un immeuble de rapport ou un bien locatif. Un prêt hypothécaire permet de mobiliser sa valeur en conservant ses loyers, mais la dette doit être remboursée même si le bien se vide.
- De l’or physique. Il peut garantir un crédit sous conditions, sans produire de revenu pendant ce temps. Voir notre article l’or est-il un actif monétisable.
- La reprise d’une entreprise. Une holding emprunte, et les bénéfices de la société rachetée servent à rembourser. Le montage fonctionne tant que ces bénéfices sont au rendez-vous. Voir notre article sur le financement LBO.
La logique d’ensemble, et ses limites, sont développées dans notre article effet de levier financier : mécanisme et limites. Le cas où l’on emprunte pour placer les fonds, et non pour acheter, est traité dans notre article sur l’inversion financière.
Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.
Financer plutôt que payer comptant n’est ni une faute ni une règle d’or. C’est un arbitrage entre un coût certain et un rendement espéré, qui se tranche avec des scénarios défavorables et pas seulement avec le scénario favorable.
Questions fréquentes
Faut-il toujours emprunter si l’actif rapporte plus que le crédit ?
Emprunter permet-il d’éviter l’impôt sur la plus-value ?
Quel est le principal risque d’un crédit adossé à un portefeuille ?
Le taux du crédit doit-il être fixe ou variable ?
À retenir : l’arbitrage de taux compare un coût certain, celui du crédit, à un rendement incertain, celui de l’actif conservé, en tenant compte de l’impôt, reporté ou payé. Il se tranche sur plusieurs scénarios et sur la capacité à supporter le moins favorable.
Vous hésitez entre vendre un actif et financer un achat en le conservant ? Un échange permet de chiffrer les deux voies, avec leurs scénarios défavorables.
Cet article a une vocation d’information générale sur les règles en vigueur en septembre 2026. Les montants, taux et rendements cités sont des hypothèses pédagogiques et non des résultats attendus. Il ne constitue ni une offre de crédit, ni un conseil en investissement ou fiscal personnalisé. Tout financement reste soumis à l’accord de l’établissement prêteur après étude du dossier. DB France Invest, intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement, ORIAS n° 20008511.
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