Financement et patrimoine

Arbitrage de taux : payer comptant ou financer, comment comparer honnêtement

Avant un achat important, un propriétaire d’actifs a le choix : vendre une partie de ce qu’il possède pour payer, ou emprunter et tout conserver. La règle souvent répétée, emprunter dès que l’actif rapporte plus que le crédit ne coûte, est trop simple. Le rendement de l’actif est incertain, l’impôt n’est pas le même dans les deux cas, et le crédit ajoute un risque. Voici comment faire la comparaison sur des bases solides.

Deux coûts à comparerD’un côté l’impôt et le rendement perdu en vendant, de l’autre les intérêts et les frais du crédit.
Un rendement incertainLe coût du crédit est connu, le rendement futur de l’actif conservé ne l’est pas.
Un risque ajoutéGarder l’actif et emprunter, c’est rester exposé à sa baisse tout en devant la dette.
Arbitrage de taux : payer comptant ou financer, comment comparer

Arbitrage de taux : payer comptant ou financer, comment comparer

Un investisseur détient un portefeuille d’actions constitué depuis longtemps. Il souhaite acheter un bien et hésite. S’il vend une partie de ses titres, il paiera l’impôt sur les plus-values et ces titres cesseront de travailler pour lui. S’il emprunte en donnant son portefeuille en garantie, il gardera ses titres, mais paiera des intérêts et restera exposé aux marchés.

On présente souvent la réponse comme évidente : si l’actif rapporte plus que le crédit ne coûte, il faut emprunter. La réalité est plus nuancée, parce que les deux termes de la comparaison ne sont pas de même nature. L’un est certain, l’autre ne l’est pas.

Payer comptant

Aucune dette et aucun risque d’appel de marge. En contrepartie, l’actif vendu disparaît, l’impôt sur la plus-value est payé immédiatement, et le patrimoine se concentre sur le bien acheté.

Financer l’achat

L’actif est conservé et l’impôt de la vente est évité, du moins tant qu’il n’est pas vendu. En contrepartie, des intérêts sont dus chaque année, et l’actif donné en garantie peut faire l’objet d’un appel de marge.

Ce qu’il faut réellement comparer

1
Le coût certain du crédit

Les intérêts, les frais de dossier et de garantie, sur toute la durée du prêt. Pour un particulier, ces intérêts ne se déduisent pas, en règle générale, des revenus d’un portefeuille financier.

2
L’impôt de la vente, souvent reporté plutôt qu’évité

Ne pas vendre évite de payer l’impôt sur la plus-value aujourd’hui. Mais si l’actif est vendu plus tard, l’impôt sera dû à ce moment, calculé sur la plus-value d’alors.

3
Le rendement incertain de l’actif conservé

C’est lui qui doit justifier le crédit. Il peut être supérieur au coût du crédit, inférieur, ou négatif si l’actif baisse.

Un exemple chiffré, avec ses scénarios

Un investisseur détient un portefeuille d’actions de 1 000 000 euros, acheté 600 000 euros. Il a besoin de 300 000 euros. S’il vend 300 000 euros de titres, la part de plus-value comprise dans cette vente est de 40 %, soit 120 000 euros (300 000 x 40 %). Au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026, l’impôt atteint 37 680 euros (120 000 x 31,4 %).

S’il emprunte 300 000 euros à 4,5 % en donnant son portefeuille en garantie, il paie 13 500 euros d’intérêts par an (300 000 x 4,5 %), et conserve ses 300 000 euros de titres investis. Tout dépend alors de ce que ces titres rapportent.

Scénario annuel sur les 300 000 euros conservésÉvolution des titresIntérêts du créditÉcart avant impôt
Hausse de 6 %plus 18 000 euros13 500 eurosplus 4 500 euros
Hausse de 2 %plus 6 000 euros13 500 eurosmoins 7 500 euros
Baisse de 10 %moins 30 000 euros13 500 eurosmoins 43 500 euros

Dans le premier scénario, emprunter paraît gagnant. Dans le deuxième, garder les titres coûte plus que le crédit ne rapporte. Dans le troisième, la perte s’ajoute aux intérêts et la baisse du portefeuille peut déclencher un appel de marge. Ces chiffres sont des hypothèses pédagogiques : le gain sur les titres n’est lui-même imposé qu’au moment de leur vente, et l’impôt évité aujourd’hui n’est en général que reporté.

Le coût du crédit se paie chaque année, quoi qu’il arrive. Le rendement de l’actif se constate après coup. Comparer un chiffre certain à une espérance, c’est accepter un risque : il faut savoir lequel, et pouvoir le supporter.

Les situations où la question se pose

  • Un portefeuille de titres ou une assurance-vie. Le crédit lombard permet d’emprunter sans vendre, avec un risque d’appel de marge si les supports baissent. Voir notre article nantir ses actifs plutôt que les vendre.
  • Un immeuble de rapport ou un bien locatif. Un prêt hypothécaire permet de mobiliser sa valeur en conservant ses loyers, mais la dette doit être remboursée même si le bien se vide.
  • De l’or physique. Il peut garantir un crédit sous conditions, sans produire de revenu pendant ce temps. Voir notre article l’or est-il un actif monétisable.
  • La reprise d’une entreprise. Une holding emprunte, et les bénéfices de la société rachetée servent à rembourser. Le montage fonctionne tant que ces bénéfices sont au rendez-vous. Voir notre article sur le financement LBO.

La logique d’ensemble, et ses limites, sont développées dans notre article effet de levier financier : mécanisme et limites. Le cas où l’on emprunte pour placer les fonds, et non pour acheter, est traité dans notre article sur l’inversion financière.

Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager.

Financer plutôt que payer comptant n’est ni une faute ni une règle d’or. C’est un arbitrage entre un coût certain et un rendement espéré, qui se tranche avec des scénarios défavorables et pas seulement avec le scénario favorable.

Questions fréquentes

Faut-il toujours emprunter si l’actif rapporte plus que le crédit ?
Non. Le rendement futur de l’actif n’est pas garanti, alors que les intérêts sont dus chaque année. Il faut comparer sur plusieurs scénarios, y compris une baisse, et vérifier que l’on peut supporter le pire d’entre eux.
Emprunter permet-il d’éviter l’impôt sur la plus-value ?
Cela permet de ne pas le payer tant que l’actif n’est pas vendu. S’il est vendu plus tard, l’impôt sera dû sur la plus-value constatée à ce moment. L’impôt est donc en général reporté, pas supprimé.
Quel est le principal risque d’un crédit adossé à un portefeuille ?
L’appel de marge : si la valeur du portefeuille baisse, la banque peut demander un complément de garantie ou un remboursement partiel, parfois au moment le plus défavorable pour vendre.
Le taux du crédit doit-il être fixe ou variable ?
Un taux fixe rend le coût certain sur toute la durée. Un taux variable peut démarrer plus bas mais augmenter. Le choix dépend de votre tolérance à la hausse des échéances.

À retenir : l’arbitrage de taux compare un coût certain, celui du crédit, à un rendement incertain, celui de l’actif conservé, en tenant compte de l’impôt, reporté ou payé. Il se tranche sur plusieurs scénarios et sur la capacité à supporter le moins favorable.

Vous hésitez entre vendre un actif et financer un achat en le conservant ? Un échange permet de chiffrer les deux voies, avec leurs scénarios défavorables.

Faire étudier ma situation

Cet article a une vocation d’information générale sur les règles en vigueur en septembre 2026. Les montants, taux et rendements cités sont des hypothèses pédagogiques et non des résultats attendus. Il ne constitue ni une offre de crédit, ni un conseil en investissement ou fiscal personnalisé. Tout financement reste soumis à l’accord de l’établissement prêteur après étude du dossier. DB France Invest, intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement, ORIAS n° 20008511.

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